Un monde en manque de courage et de vision pour l’éducation

written by sandrine 23 février 2017
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Le monde économique, médiatique, sociétal, éducatif est en panne. Nous avons connu, ces 20 dernières années, un changement de paradigme complet.

Le monde tel qui l’est aujourd’hui est volatile, uncertain, complex et ambigüe (VUCA). Et pour l’affronter, on continue à utiliser des outils périmés.

Panne d’audace

Notre constitution date d’avant la moitié du siècle dernier, notre modèle éducatif des années 50, la presse fonctionne sur son modèle séculaire et l’économie? Sur le modèle capitaliste qui érige en parangon de vertu la compétition et la finance.

On aborde l’ère de la singularité, de la robotisation, de la technologie avec un arsenal d’outils et de modèles de pensées qui ont dépassé leur DLC depuis plus de 10 ans. Comment imaginer que le modèle éducatif, les lois, le modèle de société imaginé au début de l’ère industrielle, puisse encore convenir pour relever les défis qui sont les nôtres?

L’éducation, problème emblématique

Vous avez des enfants? Moi oui. Respectivement en 8ème et 11ème.

Ce qu’on leur enseigne à l’école est pitoyable. Mais le pire, c’est la manière dont on leur enseigne. Et ce n’est pas Albert Jacquard qui dirait le contraire. Il dénonçait de sytème déjà en 1994…

Par coeur mais sans tête

Il faut apprendre par coeur. On ne te demande pas de comprendre, de situer (on a pas le temps). On te demande d’apprendre comme un idiot des choses inintéressantes. Car ce qui fait l’intérêt, c’est le sens. C’est quoi le sens d’apprendre 10 cartes d’allemand par semaine?

La méthodologie c’est le contenu

On apprend pas aux enfants à apprendre. « C’est aux enfants d’apprendre à travailler, avec l’aide de leurs parents ». Mais même moi quand je vois ce qu’ils doivent apprendre, j’ai envie de me pendre. Les profs sont devenus des ouvriers qui appliquent un programme mais ne réfléchisse plus. Pourtant je comptais sur leur compétence de pédagogie. Visiblement, cela se réduit à bien réciter son cours mais pas structurer les apprentissages.

Je vous encourage à aller lire l’article que j’ai préparé sur l’apprentissage non linéaire pour en savoir plus (à paraitre prochainement).

Le projet, l’exception

Ce que les enfants préfèrent, c’est le projet. C’est un moment qui capte leur attention. Il y a une histoire, une quête, un enjeu et surtout, on y travaille à plusieurs. Vous savez pourquoi cela plait? Parce que ce sont tous les ingrédients d’un jeu.

Et en plus de jouer, on apprend car c’est tangible. C’est tangible, on a du sens, on comprend, on pratique et surtout on vit une expérience, ensemble. On soit apprendre à s’organiser, on s’aider… Et bien c’est tellement efficace pour les enfants qu’on en fait l’exception au lieu de la norme. Ca me dépasse.

Ma fille a refait notre ville entière dans minecraft à l’âge de 8 ans. Mon aînée a construit un projet de livre manga. Elles ont fait ça seules, sans aide, juste parce qu’elles trouvaient un plaisir fou à le faire. Mais l’école ne s’assied pas autour de ces projets. L’école est là pour remplir les crânes.

Ni collaborant, ni solidaire

Et la collaboration, on en parle? Travailler à 2 pour partager ses connaissances et trouver un résultat, c’est tricher. Un élève qui est en difficulté, on ne l’aide pas. La solidarité entre enfants n’est pas permise.

Pourquoi? Pourquoi bannit on à l’école ce que l’on prétend élever au rend de sublime objectif dans l’univers du travail? Si c’est important, pourquoi ne cultivons nous pas ces talents? Maria Montessori avait tout compris. Dommage que son modèle soit si misérablement dévoyé par les écoles à fric (écoles privées type #ensr).

La place du numérique? Zéro.

A quel moment demande t’on (encourage-t’on) les enfants à se servir d’internet? Pour faire des recherches. Résultat: ils recopient wikipédia. L’intérêt? aucun. Education digitale? aucune.

Et la maitresse de me dire « mais c’est à vous de leur dire de ne pas copier ». Ok, donc de nouveau c’est à moi parent de faire leur boulot. Mais le plus drôle, c’est que si ils oublient de recopier un truc, on leur enlève un point. Ah, moi je croyais que comprendre qui était cléopâtre était plus important que de connaitre sa date de mort… Bah non. Parce que comprendre n’est pas l’enjeu. Il faut savoir.

L’école a dévoyé la notion de savoir. Son modéle est en déphasage total avec la société actuelle et ses besoins

Si on sait des choses inutiles à quoi sert l’école? Si on sait des choses périmées, en quoi cela aide leur futur? On explique à mes enfants que sans diplôme ils ne feront rien. Comme si un papier avait un pouvoir d’immunité….

La vérité c’est que l’éducation est en panne car elle a été conçue pour remplir des filières de professions qui n’existent plus (ou vont disparaitre) pour un monde stable qui s’est évaporé depuis.

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L’éducation est en panne d’audace car les fonctionnaires qui définissent les règles et les programmes, vivent encore au rythme du siècle passé. Ils connaissent quoi du digital? J’ai pas demandé si ils avaient un compte facebook…

L’éducation, comme l’économie et les entreprises, doit devenir digitale. Pas que dans leurs outils, mais dans leur manière d’approcher les choses.

  • Le monde n’est pas linéaire, pourquoi l’éducation devrait l’être?
  • Le monde est en perpétuelle évolution, pourquoi l’éducation est-elle figée?
  • Tous les savoirs sont accessibles, le rôle de l’école est-il de les enseigner par coeur ou d’aider les enfants comprendre comment acquérir ce dont ils ont besoin?
  • Si l’on comprend ce que l’on pratique, pourquoi l’école n’est-elle pas « project based »?
  • Si l’on veut favoriser la curiosité et l’esprit ouvert, pourquoi cherchons-nous à formater les savoirs au lieu de partir de la curiosité des enfants?
  • Si les enfants trouvent leur motivation dans le jeu et apprennent ainsi à se dépasser, pourquoi le jeu n’est-il pas la norme?
  • Pourquoi former les enseignants à transmettre alors que le problème principal est d’encourager à se développer et à suivre leur chemin?
  • Pourquoi ne donnons-nous pas de cours d’apprentissage pour apprendre à apprendre aux enfants?
  • On sait qu’il y a des enfants lents, des rapides, des auditifs, des visuels, des kinesthésiques, des dys…, des hauts potentiels, des faibles potentiels, pourquoi l’éducation les traite-t’elle tous de la même façon alors que leurs besoins sont différents?

La manière dont l’enseignement est donné actuellement, ainsi que les filière qui en découlent ne font aucun sens pour moi. J’ai été éduquée dans un monde dans lequel on devait avoir un bac et des diplômes.

Je pense que je vais éduquer mes enfants pour qu’ils aient de la confiance en eux, de la motivation et du plaisir et que le reste viendra. Et vraisemblablement, ce qui viendra sera à des années lumières de ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui.

Je ne crois pas à la filière universitaire, toute linéaire, telle qu’elle est proposée aujourd’hui. Cela ne fait aucun sens. Je ne crois pas non plus à la voie générale qui n’est qu’une version homéopathique de son homologue. Tout juste édulcorée mais pas plus pratique, pas plus ouverte, pas plus motivante.

J’aimerais que les journées de mes enfants soient composées de challenges minecraft, de cours de modelling 3D, de cuisine expérimentale, d’éducation forestière et d’agronomie, de projets d’entreprenariat et que des artistes, des professionnels, des médecins, des ingénieurs, des architectes travaillent avec eux sur leurs projets. Que l’école ait une serre et travaille à être énergiquement autonome. Que les enfants recyclent le pet, les déchets ou des anciens accessoires pour créer leurs propres projets. QU’on leur apprenne à penser et à faire et non pas à savoir.

J’aimerais que l’école développe des projets d’entraide entre les élèves et propose ses facilités au libre usage des élèves en fonction des projets et que les profs accompagnent leur projets plutôt que de les limiter.

Le diplôme? Pourquoi faire?

A quoi servira un diplôme composés de savoir du 20ème siècle pour aborder les problèmes du 21ème siècle sur un marché du travail qui aura implosé d’ici à ce qu’ils sortent de l’école?

Le mieux est-il de leur enseigner quoi savoir ou de leur apprendre à s’adapter et à développer leurs projets?

Les enjeux pour notre société sont la sauvegarde de notre planète, la protection des plus faibles, le développement des énergies vertes, les progrès sociaux, l’intégration du handicap, de la vieillesse, le développement de cités harmonieuses, le respect des cultures de chacun, la solidarité, l’auto-suffisance alimentaire, la protection des ressources naturelles….

Sérieusement, quand vous regardez ce que vos enfants font à l’école, vous avez l’impression que c’est à leur programme?

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