Réinventer le management : les 11 commandements d’un management 2.0
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Réinventer le management : les 11 commandements d’un management 2.0

Je voudrais vous raconter une histoire 😉
Elle est longue, je préviens, mais cela explique comment j’en suis venue à m’interroger sur le management et pourquoi et comment j’en suis venue à utiliser les fondements du web 2.0 dans la conduite de mon entreprise.

Jeunes, idéalistes et fraîchement diplômés, on se fait parfois des illusions sur le monde de l’entreprise.
Lorsque j’étais encore lycéenne, je n’échappais pas à la règle 😉
Passionnée par les USA, le monde du marketing et de la pub et les grands consultants en management américains, comme Tom Peters, j’imaginais l’entreprise comme un lieu où la créativité et la performance avaient leur place.

J’allais découvrir, quelques années plus tard, que ce n’était pas la réalité.
J’allais également comprendre, avec le recul, qu’ils ne pouvait hélas pas en être autrement facilement car le mal, commençait tôt, dans l’enseignement.

Mon propos est simple. La crise que nous traversons doit être l’occasion de changer de manière de faire du management. Pour se renouveler et innover, l’entreprise doit changer de manière de recruter, de manager ses hommes, de les évaluer et probablement également de les mettre en valeur.
Cette entreprise 2.0 n’est pas une utopie, mais une réalité qui peut fonctionner pour autant que l’on en ai la volonté.

Orientation et désorientation

Je me rappelle très bien de mon orientation scolaire.
Passionnée par les langues étrangères et passablement nulle en math, je voulais faire un bac littéraire.
Dès lors j’ai ressenti beaucoup de pression et presque du mépris, voire de la pitié de mon entourage scolaire et familial : à peine mieux considérée que les bacs « G » appelés « bacs poubelle », la série littéraire allait me mener à l’échec.
Fatalement s’intéresser aux sciences humaines, à la philosophie, au français, à la littérature et aux langues étrangères, était une voie de garage…En toute sincérité, c’est la seule voie pourtant que je voulais suivre (et ne le regrette pas).
Pour moi, avoir la chance de parler 3 langues étrangères me semblait plutôt porteur pour mon avenir dans un monde qui s’ouvrait de plus en plus. Et c’est la seule série qui le permettait.

Moyens et objectifs

Alors que j’étais un quasi cancre au collège, le lycée m’a révélé.
Je prenais tellement de plaisir dans toutes la matières et notamment les langues étrangères, que je me suis épanouie au point de rejoindre la tête de la classe. L’année du bac, je jubilais de ce choix qui m’avait permis d’avoir, 3 années durant, tout exploré et pris mon pied dans cette ouverture intellectuelle.
Maintenant je voulais découvrir d’autres choses.
Et mon dada de l’époque c’est la pub.
Je lis tout ce que je trouve sur la pub. Je me suis même abonnée à un magazine de marketing, je chippe les éditions de LSA que je trouve et je rêve marketing, management, USA.
Je veux faire une école qui me permettra d’avoir un cursus international et devenir marketeur !
J’ai les langues, j’ai l’envie, je fonce 😉

Désenchantement

C’est la fin de l’année est nous formulons nos voeux.
Je me renseigne depuis des mois. Formations marketing : existe pas. Le seule moyen c’est une école de commerce. Le seul problème, il faut …des maths et les séries B (économie) ou math (série C), voire même des prépas. 🙁 Oups… A force de chercher, de me renseigner, d’appeler les école, j’en trouve deux qui font exception et acceptent les candidats sur concours. C’est ma seule chance.
Je m’inscris en FAC, d’économie « parce qu’il faut bien au cas où » mais ma visite sur place m’a donné envie de fuir. J’ai donc dans mes 3 choix.
Le proviseur passe dans toutes les classes pour un speech d’adieu et d’encouragement avant le BAC. Il a dans les mains la feuille de voeux de chacun et nous interroge tour à tour sur nos choix. Pas de bol, je suis au premier rang et suis une des premières interrogée.
Il me tombe dessus et me prend à partie : « Alors vous, vous êtes inconsciente de vouloir faire ces formations ! Vous avez vu votre niveau en math ? Personne ne vous acceptera, vous allez échouer, vous êtes nulle de faire un choix pareil alors que vous avez le niveau pour poursuivre (il voulait que je fasse cagne (orthographe?) où j’avais été orientée).

Pour info 99% de ma classe fût orientée en langues étrangères appliquées ou fac de type psycho, socio….donc, je sortais du lot.

Je me suis sentie à la fois humiliée et démotivée sur le coup. La classe s’en donnait à coeur joie de rire (toujours cool quand on se défoule pas sur vous).

Entêtement

Je reviens pleine de doutes en têtes et avec un certain désespoir. Mais je suis aussi super en colère. D’ailleurs cela renforce terriblement ma volonté de suivre ma voie.
Je suis peut être nulle* en math mais en même temps, vu comment on enseigne les maths et le manque de concret que cela avait, il n’y avait rien d’étonnant.
Et puis je suis nulle mais intéressée. Lorsque l’on prend la peine de m’expliquer – j’adore les sciences – je prend beaucoup de plaisir à apprendre.

J’ai finalement passé et réussi ce concours.
J’en ai bavé durant 4 ans pour les maths que je potassais 4 fois plus que les autres. J’avais demandé à des amis de m’aider en cours du soir, le prof de gestion m’aidait aussi et j’ai passé des heures à travailler. Mais j’y suis arrivée.

Ne pas suivre la voie tracée est mal

Pour ce proviseur, le changement de filière était mal, inconcevable. C’était une erreur parce que quand on a fait un choix, on s’y tient.
Il ne pouvait envisager que l’on choisisse une filière pour en changer après. Il considérait les formations comme des fins en soit. Mais à 17 ans on ne peut pas être « fini » si ? Pour moi, ce ne sont que des moyens.

Mauvais proviseur ?
Peut être que non. Mais en tout cas il était limité et pas du tout diplomate. Mais en fait je ne lui en veux pas car il est pour moi emblématique du système et surtout il a renforcé ma motivation 😀

Plusieurs années plus tard, je veux changer de métier. Je suis chef de produit, ai le sentiment d’en avoir fait le tour et je m’ennui. Je veux faire de la communication.
Idem, ma hiérarchie et mon HR me tombent dessus.
Pourquoi ne pas vouloir continuer dans la même voie et monter en grade ?
Pourquoi changer ?

Moi je veux découvrir, enrichir mes connaissances et pas faire du management. J’ai soif de connaissance, pas de pouvoir.

Dégâts collatéraux

Ces mêmes promotions verticales, je les ai rencontré 8 ans plus tard.
A l’époque je suis dans une multinationale agro-alimentaire, à la communication du département IT. Nous organisons des formations pour les Team leaders pour leur apprendre à faire du management et regagner la confiance de leurs équipes. Promus pour leur excellence technique, ils se sont retrouvés, pour la plupart, sans formation, sans charisme, sans talent en management à la tête d’équipes d’experts. A quelques rares exceptions, ils sont médiocres et décriés par leurs équipes. L’ambiance est désastreuse.
Ils n’ont aucun respect de leurs ex-pairs qui les considèrent dépassés et n’ont pas su gagner le respect du chef.
Les équipes sont en état de stress permanent, les tensions sont quotidiennes et on désamorce des crises sans arrêt.

Les seules promotions verticales ne sont pas responsables de tous les maux de ces équipes. Le management dans son ensemble tient une grande part de responsabilité dans tout cela. Car non soutenus, non formés, valorisés par une promotion qui n’en est en réalité pas une, ces pauvres team leaders sont victimes du système.

Le système

Le système est simple : si ton chef est content, tout va bien. Hors il est content si tous les N+ au dessus de sa tête sont heureux.
Qu’est-ce qui fait le bonheur du grand chef ?
Le grand chef veut que ses actionnaires soient contents. Et ils sont contents lorsque le calme est là, que le contrôle est fort et que l’on peut facilement prédire l’avenir, donc sauvegarder leurs économies. Il ne doit y avoir ni faille, ni anicroche, ni surprise, ni crise, ni froissement, ni heurts, ni dépassement. On veut de la tranquillité et surtout pas de vagues.

Résultat ?

Ce sont tous les bas niveaux, avec comme piliers les middle managers, qui ont pour rôle d’étouffer tout ce qui va de travers. Si c’est la crise, tu presses tes équipe pour que cela soit résolu avant le drame « que le chef de ton chef hurle ». On vit avec un niveau de pression tel, qu’une typo dans un mailing ou un mot de trop déclenchent des crises d’hystérie de ton chef. Donc si tu fais bien c’est normal mais on te tombe dessus au moindre truc.

Il n’est pas question que le chef de ton chef descende dans son bureau. Donc tu fais en sorte, dès que tu es chef, que rien ne filtre.

Conséquence ?

Dans un système où les perturbations sont vues comme des dysfonctionnements, les idées nouvelles, les remises en question, les innovations, les risques sont mal vus. On aimerait le faire et on prétend le faire mais les censures internes sont telles, que les idées meurent entre les étages de hiérarchie avant d’arriver au chef de ton chef.

J’ai trouvé odieuse cette manière de faire du management. Mais ne croyez pas que cela soit uniquement le fait de cette entreprise. Je l’ai rencontré dans de nombreuses entreprises, petites, grandes, publiques, privées. Dans de telles conditions, et malgré les consultants payés à prix d’or, les entreprises ne pourront pas renouer avec l’innovation et faire face aux crises si elles ne changent pas radicalement de manière de faire. C’est un management basé sur les idées, sur les prises de risques, sur la valorisation de l’expérimentation et donc sur un certain état de déséquilibre qui doit être prôné.

Révélation

C’est à cette même période pour moi que débute la découverte des blogs, du web 2.0. J’y découvre un esprit que j’aime, le partage, et un monde ouvert.
Les barrières sont abolies par le flux d’expertises collectives. Les gens se contactent sans formalité, en toute liberté. Les discussions démarrent avec pleins de personnes qui s’autorisent à tout remettre en question, à faire des suggestions, Cette effervescence, productive, m’attire comme un aimant. Je veux apprendre, je veux partager, je veux faire ces choses nouvelles. Je veux aussi changer le monde 😉
Comme je ne peux pas changer le monde, je vais au moins contribuer à faire changer les manières de faire. Je donne pour recevoir et ça marche.
Je partage, et finis par aider d’autres à le faire. Et puis ce sont des entreprises et des marques qui finiront par m’approcher pour que je les aide à mon tour à changer ou comprendre ce changement.

La suite logique de cela c’est de construire une entreprise et forcément, celle ci ne peut pas être ordinaire. J’ai envie qu’elle intègre ces principes.
Pour moi les valeurs du management sont celles de l’open source et du web 2.0. Pour que l’entreprise se donne toutes les chances de réussir et puisse se réinventer et progresser, s’adapter aux crises, elle doit être agile, ouverte, favorable à l’anticonformisme, valoriser ses employés et les former.

Les « 11 commandements du management 2.0 » sont les règles que j’applique dans l’entreprise que je dirige. J’applique ce qui pour moi respecte mon mode de fonctionnement et mes aspirations.

http://fr.slideshare.net/netinfluence/les-11-commandements-du-management-20

Je me pose des questions quotidiennement sur la « scalabilité » du modèle. Comment pourra t’il évoluer lorsque l’entreprise grandira ? J’espère que nous pourrons faire évoluer ce système avec notre taille d’entreprise sans que nous en perdions l’âme.

Cette manière de faire nous a en tout cas permis de croitre, de recruter des gens avec les mêmes croyances et le même respect et de soigner nos clients.
Mais surtout, cette manière de faire nous permet d’innover sans cesse, y compris en management 😉

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